Actualité à la Hune

Mésaventures… mon aventure (1)

«Une avarie de safran en course, quelle galère !»

  • Publié le : 08/11/2012 - 00:01

Coup de barreAlors qu’elle a signé une belle victoire sur la première étape de Les Sables-Les Açores-Les Sables, Justine Mettraux voit ses chances de figurer sur le podium s’évanouir pendant la deuxième étape, lorsque son safran se fissure, après deux jours de course. Photo @ Stéphanie Gaspari Victorieuse en série lors de la première étape de Les Sables-Les Açores-Les Sables, Justine Mettraux a toutes les chances de figurer sur le podium de cette course en solitaire et en Mini 6,50. Mais, 36 heures après le départ de l’étape retour, elle est victime d’une avarie de safran. Récit d’une galère – et grands débuts d’une nouvelle rubrique de type «vécu» !
 

Nommée dans la catégorie «Espoirs»Justine Mettraux, 26 ans, a fait une entrée remarquée dans le circuit Mini à la barre de son Nacira 6.50 TeamWork. Photo @ Christophe Breschi (TeamWork)«Vendredi matin, 18 août 2012. Après 36 heures de portant dans du gros temps, je constate en faisant un check que mon safran bâbord est fissuré sur le côté et que ça gagne sur l’avant entre les deux ferrures. Heureusement, c’est le safran au vent, je me laisse donc un peu de temps pour suivre l’évolution de la fissure, afin de voir si ça s’aggrave ou pas. J’ai un safran en réserve, je pourrai le changer au besoin.

Comme la pelle est trempée et en train de travailler, je ne peux pas faire grand-chose pour réparer sur place, mais je mets tout de même du GreyTape pour protéger un peu l’ensemble. Je ne sais pas si ça change quelque chose, vu que la «strat’» est déjà bien imbibée. Je fais ça histoire d’agir, et ça me permet de vérifier l’évolution, car je suis obligée de changer périodiquement l’adhésif.

Je m’informe auprès des concurrents joignables à la VHF pour savoir quel est le meilleur moyen pour changer de safran. Etienne Bertrand me conseille de me mettre à la cape et de faire gîter un maximum pour que le safran ne touche plus l’eau. Je prépare donc le matos pour l’opération, au cas où, et je temporise. Je n’ai vraiment pas envie de m’arrêter, alors que je suis au contact du 514 et du 539 et que c’est toujours bien d’avoir du monde autour de soi. En plus, aux vitesses où on va, une heure d’arrêt signifie 10 milles dans la tronche – non merci.

24 heures plus tard, la fissure ne s’est pas beaucoup aggravée, mais une heure après que j’ai empanné, elle a gagné cinq centimètres. A ce moment-là, le vent est tombé à 20 nœuds au lieu des 25-30. Je sais qu’il reste encore deux jours de portant fort, et je me dis qu’il vaut mieux changer mon safran maintenant plutôt que de prendre le risque qu’il casse de nuit dans du vent plus fort.

Un safran martyriséQuelques vues du safran martyrisé. La fixation du safran sur le tableau arrière (à g.), le femelot tordu (au centre), l"axe de liaison barre-safran (à dr.), un autre safran fissuré lors d’un entraînement (en haut). Notez les retenues mécaniques en Dyneema pour limiter l"angle possible des safrans, donc les efforts sur ceux-ci. (Cliquez pour agrandir).Photo @ Phototèque TeamWorkJe me mets donc à la cape avec la grand-voile haute et un ris dans le solent. Je réussis à enlever le safran fissuré, mais pas moyen de remettre l’autre. Il y a encore beaucoup de mer et les vagues viennent taper sur le safran – rien à faire : il suffit que l’eau pousse le safran sur quelques centimètres pour qu’il devienne impossible de le tenir à la main. Je n’ai peut-être pas assez de toile. J’essaie alors de m’arrêter en affalant tout, mais le bateau garde toujours un peu de vitesse et les vagues rendent l’opération infaisable. Au bout d’un moment, je réussis quand même à passer une partie de l’axe du haut, mais une vague pousse le safran et tord le fémelot. Tout ça m’a pris environ une heure. C’est malin.

Je repars donc quelques heures avec juste le safran au vent et peu de toile, sinon je ne fais que partir au tas dès que ça charge un peu. Je mange et j’essaie de me reposer un peu, je suis cramée après plus de deux jours de course soutenus et la tentative de réparation. Mais vu la situation, je ne ferme pas l’œil. Quelques heures plus tard, le vent a molli. J’en profite pour détordre le fémelot avec une clé à mollette et je retente l’opération, cette fois avec toute la toile, et tout le matossage sous le vent, pour faire gîter le bateau au maximum. J’ai aussi amélioré ma technique en passant un bout dans la ferrure du bas du safran, ce qui me permet de la mettre plus ou moins en place sur le fémelot du bas, afin de passer l’axe du haut puis de repasser l’axe du bas.

J’y parviens assez rapidement, mais, dans l’opération – je ne me l’explique toujours pas –, j’ai perdu l’axe de liaison barre-safran que j’avais préparé dans le cockpit. C’est un truc assez lourd, comment a-t-il pu disparaître ? Je repars donc comme ça, en me disant que du coup, je devrai changer mon axe à chaque bord. Mais ça va, c’est pas trop compliqué.

Je m’aperçois aussi à ce moment-là que le sac de mon grand spi, que j’avais laissé dans la filière sous le vent, a basculé par-dessus bord. Je tente de le récupérer à une main, mais comme j’avais affalé rapidement avant de me mettre à la cape la première fois, je ne l’ai pas bien ficelé. Résultat : mon spi sort de son sac d’une traite. J’essaie d’aller le rechercher, mais avec un seul safran et moi dans le rouge, je n’arrive pas à le récupérer. Bref, la poisse ! Finalement, j’arrive en huitième position, et je termine 6e au classement général. Déçue.»

Première en solitaire !C’est un visage radieux qu’affiche Justine à son arrivée à Horta : seule femme de la course Les Sables-Les Açores-Les Sables, elle vient de remporter, en série, la première étape de sa première grande course en solitaire.Photo @ Christophe Breschi (TeamWork)

 Ce que j’en retiens 

• J’ai payé au prix fort mes petits manques de rigueur. J’ai sûrement voulu aller trop vite pour perdre le moins de longueurs possible sur mes concurrents, alors que ça se passait à un moment ou j’étais éreintée, après un début de course dans le gros temps.
• Le déclencheur a quand même été ce safran qui n’aurait pas dû se fissurer (le chantier me l’avait soi-disant renforcé après mes soucis en début de saison, mais en allant les voir après cette avarie, ils se sont rendu compte que ça n’avait pas été fait).
• Perdre dix minutes de plus à ce moment-là m’aurait évité de faire cinq jours sans mon grand spi, alors que c’était «la» voile à porter. Ça a été dur pour moi de me remettre dedans. J’avais l’impression d’avoir tout perdu et de m’être tiré une balle dans le pied après ma belle première étape et les premiers jours chauds où j’étais dans le coup.
• J’ai déjà pu voir à la Select 650 que les soucis techniques en solo, ajoutés à la fatigue, peuvent vite être durs à gérer moralement. Ces ennuis m’ont fait perdre une place sur le podium quasi assurée et la première place sur le classement de la saison. C’est assez rude à avaler.
• Tout ce que je peux faire maintenant, c’est garder en tête les enseignements de cette expérience pour mieux gérer ce genre de problème à l’avenir – et ça me donne la niaque pour l’année prochaine !


………..
Justine Mettraux en quelques mots

Née le 4 octobre 1986, la Genevoise Justine Mettraux est considérée comme l’un des espoirs suisse de la régate hauturière. Navigatrice d’expérience malgré son jeune âge, elle collectionne les succès depuis plusieurs années, avec plusieurs victoires et podiums en championnats nationaux de Surprise, une victoire en championnat d’Europe d’Esse 8,50, une victoire au Bol d’Or Mirabaud ainsi que trois participations au Tour de France à la voile.
Investie à 100% dans son projet de Transat 6,50 depuis le début de l’année 2012, elle s’est dans ce but installée à Lorient, où elle s’entraîne via la structure Lorient Grand Large avec le coach Tanguy Leglatin. A bord de TeamWork, son Nacira 6,50 mis à l’eau en début d’année, elle a déjà remporté l’Open Demi-Clé, et le Mini-Fastnet avec Etienne David.
 

Le Mini 6,50 TeamWork

Teamwork (n° 824) est un Mini 6,50 de série type Nacira. Pensé par le coureur Corentin Douguet, avec les architectes de Nacira Design (Axel de Beaufort et Alexis Muratet) et construit par le chantier FR Nautisme, il a été conçu pour devenir le voilier de série de référence à la place du Pogo 2.
Le Nacira s’est démarqué sur la course Les Sables-Les Açores-Les Sables, avec deux victoires d’étapes (Justine Mettraux, Simon Koster) et la victoire au général (Aymeric Belloir).

Caractéristiques. Longueur : 6,50 m. Largeur : 3 m. Tirant d’eau : 1,60 m. Lest : 410 kg. GV : 27 m². Solent : 17 m². Spi max : 80 m². Coque : stratifié de verre. Pont : sandwich verre/mousse en infusion.

En complément

  1. 62 minis par monts et par vent 13/06/2012 - 00:01 Mini 6,50 / Mini-Fatsnet 2012 62 Minis par monts et par vent – et un chasseur devant ! Une baston en mer d’Irlande et, comme en 2008 et 2011, les 62 duos du Mini-Fastnet devaient aller virer la bouée BXA (Cordouan). Mais un coup de vent dans le golfe de Gascogne a encore réduit le parcours à Douarnenez-bouée PA (La Rochelle) et retour. A l’image du Pogo 2 Diaoulic, il valait mieux.
  2. julien pulvérise 06/06/2012 - 00:02 Mini 6,50 – Trophée Marie-Agnès Péron Julien pulvérise Il a 27 ans, rêve de course au large, disputait là sa première en solo et a terminé 3e des 24 protos engagés sur le Trophée Marie-Agnès Péron couru ce week-end ! Julien Pulvé (Objectif Course au Large) est le genre de bizuth qui marque les esprits !
  3. isotop 16/05/2012 - 00:01 Transat 6,50 Isotop, le premier mini à foil La classe Mini est toujours un laboratoire fécond. Après l’expérience brillante du Team Work Evolution de David Raison en 2011, voici cette année qu’un mini à foil pointe son étrave. Il utilise un plan porteur transversal qui accroît la stabilité de la carène à très faible surface mouillée. Explications.
  4. puissance 16/05/2012 - 00:01 Dominique Pédron, constructeur du premier Mini 6,50 à foil «Sur le papier, un mini à foil est plus rapide à toutes les allures !» Après David Raison et son Magnum en 2010, Dominique Pédron lance un mini étonnant : présenté en exclusivité dans Voiles et Voiliers, il ne mesure qu’1,85 mètre de large… mais dispose d’un foil horizontal !
  5. le magnum grille le festival des pains 11/05/2012 - 00:02 Mini 6,50 / La Trinité-Plymouth 2012 Le Magnum grille le Festival des Pains L'ex-Magnum n'en finit pas de montrer son potentiel. Rebaptisé Prysmian et mené par Giancarlo Pedote et Rémy Aubrun, le proto de David Raison a enlevé La Trinité-Plymouth (27 inscrits), mais n'a grillé Festival des Pains, 2e aux mains d'Antoine Rioux et Gwenolé Gahinet, que de 19 minutes.
  6. le festival d'antoine et gwénolé, amis à mie 18/04/2012 - 00:01 Mini 6,50 - Open Demi-Clé 2012 Le festival d’Antoine et Gwénolé, amis à mie 55 Minis (13 protos, 42 série), 150 milles compliqués entre Locmiquélic et Pornichet, une météo alternant pétole et grains orageux. Le 6e Open Demi-Clé a pétri les ambitions de chaque tandem avant de lever de beaux vainqueurs, Antoine Rioux et Gwénolé Gahinet sur leur proto Festival des Pains.