Actualité à la Hune

TOUR DE BRETAGNE

Au bonheur des «vendéeglobistes»

La 11e édition du Tour de Bretagne s’est achevée samedi après-midi à Piriac-sur-Mer après huit jours de course intenses et sept étapes. Toujours aux avant-postes au classement depuis le départ de Saint-Malo, la paire formée par Nicolas Lunven et Gildas Mahé (Generali) s’est logiquement imposée devant les vingt-trois autres bateaux concurrents. Réguliers tout au long du parcours et arrachant une manche vendredi, Sébastien Simon et Vincent Riou (Bretagne CMB Performance) ont terminé deuxièmes, devançant le duo Thierry Chabagny-Frédéric Duthil (Gedimat) de trois petits points. Cette épreuve n’est pas la dernière de la saison puisque les Figaristes vont se retrouver dans quinze jours, mais là en solitaire pour la Douarnenez-Fastnet Solo.
  • Publié le : 03/09/2017 - 11:25

Lunven MahéAssocié à Gildas Mahé qui signe par là même son troisième succès sur le Tour de Bretagne, Nicolas Lunven a encore démontré qu’il était le cador de la saison. Le duo qui avait terminé deuxième de la Transat Ag2r La Mondiale en 2016, signe là un beau succès qui confirme la place de leader du championnat de France Élite de Course au Large de Nicolas Lunven. Photo @ Pierrick Contin/Tour de Bretagne

Si les inconditionnels du circuit Figaro Bénéteau actuel s’en sont donnés à cœur joie, des marins invités ont également apprécié l’épreuve. Et non des moindres. En effet, quatre participants du dernier Vendée Globe ayant tous connu des fortunes de mer pendant leur tour du monde, sont revenus tâter de l’écoute au millimètre avec un réel plaisir. Sentiments après une belle épreuve avec Vincent Riou associé donc avec Sébastien Simon, Morgan Lagravière présent aux côtés de Benjamin Dutreux (Sateco), Thomas Ruyant comparse d’Adrien Hardy (Agir Recouvrement) et Paul Meilhat faisant la paire avec Anthony Marchand (Ovimpex-Secours Populaire).

Voilesetvoiliers.com : Pourquoi avoir choisi de faire cette épreuve ?
Morgan Lagravière :
J’ai rencontré Benjamin Dutreux lors du départ du Vendée Globe. Comme moi il y a quatre ans, il était chargé de présenter les bateaux et les skippers aux invités du Conseil départemental de Vendée. Lors d’une conférence, il m’a approché et demandé si je ne voulais pas faire le Tour de Bretagne 2017 avec lui. Focalisé sur le Vendée Globe, je n’ai pas répondu de suite. Plus tard, je suis revenu vers lui en lui disant que j’étais disponible. On ne se connaissait pas trop. Nous avons fait deux séances d’entraînement. J’en avais besoin car cela faisait quatre ans que j’avais arrêté le support. Il fallait aussi qu’on coordonne nos automatismes.

Vincent Riou : C’est Sébastien qui est venu me voir l’hiver dernier. Cela tombait bien car j’avais envie de faire des trucs différents cette année. En plus, j’avais envie de revenir, de naviguer en Figaro car cela reste la série de référence. C’est vrai que ma dernière expérience datait de 2006 sur la Transat Ag2r. Et puis, c’était avec Seb (Simon, ndlr), un mec intéressant, qui s’intéresse à tout dans la vie et dans la voile en particulier. Une tête bien faite et sympa.

Riou SimonAprès dix ans d’absence sur le circuit Figaro Bénéteau, Vincent Riou (à droite) a retrouvé les joies de la régate en s’offrant une jolie manche et une deuxième place au général en compagnie du Sablais Sébastien Simon. Photo @ Pierrick Contin/Tour de Bretagne

Thomas Ruyant : Adrien Hardy m’a proposé cela en début de saison. Cela tombait bien pour moi. On se connaît bien puisqu’il était avec moi sur la dernière Jacques Vabre sur laquelle on avait terminé quatrièmes. On s’était vraiment bien entendu. On a un fonctionnement qui marche bien. On se marre bien, on se complète bien et c’est un avantage. Nous n’avons pas eu de temps pour nous entraîner et pour moi, revenir après quatre ans sur le Figaro, je ne me souvenais pas que cela faisait si mal aux mains de tirer sur les ficelles.

Paul Meilhat : Une année post-Vendée Globe est toujours difficile. Le retour du bateau SMA depuis Tahiti et le chantier ont été assez compliqués. Il fallait que je fasse des choses différentes pour retoucher au monde de la régate. J’ai donc fait pas mal de courses en Diam 24 et une partie du Tour de France à la Voile à bord de Vivacar. fr-Cefim avec Matthieu Souben. Anthony Marchand, avec qui on est copains, m’avait proposé assez tôt dans la saison ce Tour de Bretagne. J’avais déjà envie de refaire du Figaro et cela collait bien avec mon planning. Mais c’est difficile de reprendre. T’es un peu largué sur certains trucs.

Voilesetvoiliers.com : Comment s’est déroulé ce Tour ?
M.L. :
Au début je pensais que les automatismes allaient revenir vite. J’allais retrouver les réglages et les sensations. Mais je me suis rendu compte assez vite que cela ne suffisait pas. Il y a aussi cette part d’inconscient, de choses qu’on a du mal à appréhender de manière cartésienne. Pour que tout cela revienne, il faut vraiment du temps. Et nous avons retrouvé ce feeling sur la fin, en étant bien en phase. Nous avons fait de belles étapes après avoir un peu pioché sur le début de l’épreuve, avec de grosses bêtises. Mais nous terminons plutôt bien avec deux troisièmes places et surtout une belle victoire ici à Piriac. Sixièmes au classement général ce n’est pas si mal quand on connaît le niveau du plateau. Je pense que Benjamin, avec sa volonté et sa motivation, arrivera à faire de belles choses dans le futur.

V.R. : C’était un risque pour lui car je n’avais pas les manettes du tout. J’ai juste apporté mon regard extérieur sur la stratégie. Techniquement, c’était lui qui faisait avancer la machine. C’est d’ailleurs assez admirable. Il a vraiment travaillé tout cela de façon méticuleuse. Il est dans le clan des marins qui ont de fortes chances de réussir. À la moindre oscillation du vent, il sait s’adapter de façon rationnelle. En terme de sensation, de réglage, de repère, moi je repartais de zéro. Sinon, physiquement, au niveau des manœuvres, je n’ai pas eu de mal à m’adapter même si cela reste engagé. L’épreuve en elle-même présentait un beau plateau. Il fallait donc être régulier et ne pas faire d’erreur. Pour essayer de nous rapprocher de Nicolas Lunven qui est indétrônable cette année dans la série. Sur la dernière manche, nous avons réussi à mettre derrière nous Gedimat et Custo Pol (Alexis Loison-Pierre Quiroga) qui étaient nos concurrents directs.

Lagravière DutreuxIls n’avaient jamais navigué ensemble. L’expérience a été valorisante pour tous Benjamin Dutreux et Morgan Lagravière ici à la barre. Photo @ Pierrick Contin/Tour de Bretagne

T.R. : Super ! Il y a comme toujours des bonnes et des mauvaises choses. Déçus surtout sur notre étape entre Camaret et Lorient où on fait 18e sur la manche et qui nous bouffe notre joker. On peut s’en vouloir car on tire la barre un peu tout seul comme on aime bien le faire de temps en temps mais c’est là que nous perdons le podium. On termine cinquièmes ce qui reste malgré tout un bon résultat. Cela me donne envie de revenir sur la Solitaire du Figaro car j’ai vraiment pris du plaisir.

P.M. : Je suis super-content parce que je me suis remis à niveau. Cela fait du bien. Par rapport au Tour où tu passes ton temps à monter, démonter le bateau, à faire de la route, là, ton bateau est prêt en cinq minutes le matin. Tu restes en plus beaucoup plus de temps sur l’eau. À terre, tu débriefes avec les autres autour d’un verre. Parlant stratégie, réglage. La richesse est énorme car tu es avec les meilleurs marins de France de course au large. En IMOCA, il n’y a pas ces échanges avec nos grosses écuries. Sinon, sur la course, il y a eu du bon et du moins bon. Anthony va vite mais on fait des erreurs qui nous coûtent très cher sur deux étapes. Finir neuvièmes au général : on espérait un peu mieux !

Voilesetvoiliers.com : Votre mésaventure sur le Vendée Globe est digérée ?
M.L. :
Oui. Cela a été une superbe expérience à tous points de vue car cela représente un gros morceau ce Vendée Globe. Sportivement et humainement. Pour moi, c’était me lancer dans l’inconnu où il peut y avoir des aléas. Et l’histoire nous l’a montré. Et puis il y a toutes ces choses vécues avec « Bilou » (Roland Jourdain, ndlr) et son équipe technique qui ont été fortes. Mais il y a eu les souffrances lors de mon retour (skipper de Safran, il abandonna suite à une avarie de safran consécutive à un choc avec un OFNI, ndlr), notamment médiatiquement où, sans trop comprendre pourquoi, je me suis fait attaquer. Alors que j’avais seulement expliqué comment j’avais ressenti les choses, honnêtement. Pour dire que la course au large, c’est parfois difficile. C’est cela qui m’a fait souffrir. Mais bon, on apprend sur soi aussi. Et ce Vendée Globe a été constructif pour moi.

V.R. : Il n’y a rien à dire. Je m’amusais bien. J’ai trouvé ce que j’étais venu chercher. Malheureusement, le Vendée Globe est assez ingrat et il y a un incident de parcours qui a fait que tout s’est arrêté trois semaines après le départ. Je suis rentré en collision avec un mammifère marin qui a cassé mes paliers de quille et mon vérin. J’avais déjà connu un abandon sur cette course mais cela commence à me fatiguer.

Ruyant HardyThomas Ruyant ici au tangon a passé de bons moments sur ce Tour de Bretagne 2017 en compagnie de son ami Adrien Hardy. Photo @ Pierrick Contin/Tour de Bretagne
T.R. : Bien sûr. C’est bien évidemment une déception car le projet était top. Être au départ, c’était déjà bien. Ensuite, j’ai réussi à ramener mon bateau quelque part (il abandonna suite à un gros souci structurel de son Souffle du Nord-Pour le projet Imagine, provoqué par une collision avec un OFNI, ndlr). La situation était tendue mais je l’ai sauvé. Ce bateau est en reconstruction en Nouvelle-Zélande dans un bon chantier à Christchurch et reviendra par la mer avec Enda O’Coineen l’hiver prochain. En passant le cap Horn, il va pouvoir finir son tour du monde. Je trouve cela génial.

P.M. : L’abandon a été difficile (sur avarie de vérin de quille, à bord de SMA, ndlr). Surtout quand tu es dans le truc depuis deux ans. Il a été dur également pour le sponsor. Ce qui me donne un peu de satisfaction, c’est que cela s’est arrivé après cinquante-deux jours, et une semaine avant le cap Horn. Alors que j’étais troisième avant l’abandon sur la casse de mon vérin hydraulique de la quille. J’ai donc navigué dans le Sud et bien vécu mon Vendée Globe. Cela donne envie de faire le prochain

Voilesetvoiliers.com : Qu’allez-vous faire dans un avenir proche ?
M.L. :
Nous allons mettre à l’eau le 60 pieds (ex-Safran) la semaine prochaine à Concarneau. C’est une bonne nouvelle pour toute l’équipe technique et pour moi. Le bateau a été reconfiguré. Il a été allégé pour être performant sur la Transat Jacques Vabre que je vais courir avec Roland. Nous allons commencer de suite la navigation sachant que cette transat va arriver très vite. Pour l’instant, nous nous penchons aussi pour trouver des partenaires pour financer le projet. Même si là on part à l’arrache, le meilleur moyen pour trouver un sponsor est de faire un bon résultat. Et je suis sûr qu’on va y arriver.

V.R. : Après le Vendée Globe, il n’y avait rien de prévu avec PRB. C’était un problème économique.
à avoir participé à la première. Lui aussi un personnage intéressant qui a la même vision du sport que moi. Il fait cela pour la compétition et pour rien d’autre. Sinon, la page IMOCA n’est pas tournée. Le bateau est au chaud à la maison. Si j’y reviens, honnêtement, je ne vois pas comment je retournerais sans PRB. Cela fait partie de mon histoire. Sinon, l’an prochain il y a la Route du Rhum et j’espère être présent pour la gagner. Surtout qu’elle ne m’a jamais réussi.

Meilhat MarchandAvec Anthony Marchand ici à la barre, Paul Meilhat a retrouvé le goût de la régate et se projette déjà vers la Transat Jacques Vabre. Photo @ Pierrick Contin/Tour de Bretagne

T.R. : Je cherche évidemment de l’argent pour la suite, pour le prochain Globe. Pour boucler la boucle j’espère. Sans esprit de revanche car j’ai adoré cela pendant ces deux années de projet. Ces bateaux sont magiques. J’espère repartir avec des sociétés nordistes car des contacts se sont créés. Ce qui est bien, même si cela s’est arrêté avec moi, c’est que Le Souffle du Nord continue sur d’autres projets sportifs. Maintenant mon idéal serait de construire un nouveau bateau car le marché est actuellement assez pauvre au niveau de ceux disponibles. Sinon, pourquoi pas une Solitaire du Figaro l’an prochain ?

P.M. : Repartir avec Gwénolé Gahinet sur le Transat Jacques Vabre a remis de la dynamique dans l’équipe. On a travaillé beaucoup. On a essayé de nouveaux foils sur le Grand Prix Guyader et l’ArMen Race mais cela n’a pas été très concluant. Nous sommes donc repartis sur des dérives classiques. Nous avons fait également un chantier en juillet pour passer les ballasts en nouvelle jauge. Un travail difficile car on avait peu de temps pour le faire. Après le Fastnet, on est content du comportement du bateau surtout que nous avons gagné en IMOCA. Les entraînements reprennent avec le Pôle de Port-la-Forêt sous peu. Avec SMA, notre contrat se termine après la Route du Rhum 2018. Moi, je souhaite continuer l’aventure.

Tour de Bretagne 2017

Classement des 10 preimers

1.    Lunven-Mahé (Generali) 33 points

2.    Simon-Riou (Bretagne CMB Performance) 40 points

3.    Chabagny-Duthil (Gedimat) 43 points

4.    Loison-Quiroga (Custo Pol) 50 points

5.    Hardy-Ruyant (Agir Recouvrement) 54 points

6.    Dutreux-Lagravière (Sateco) 57 points

7.    Dalin- Le Pape (Skipper Macif) 67 points

8.    Leboucher-Tabarly (Ardian) 68 points

9.    Marchand-Meilhat (Ovimpex-Secours Populaire) 71 points

10.  Douguet-Troel (NF Habitat) 78 points