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Vendée Globe 2012-2013 – Interview

Alessandro di Benedetto : «Le Vendée est un voyage et un partage»

Détenteur de trois records sur l’Atlantique et le Pacifique en catamaran de sport et autour du monde en Mini 6.50, Alessandro di Benedetto vient de prendre le départ de sa première course en Imoca. De sa première vraie course même pour ce marin aventurier qui n’a quasiment jamais régaté ! A bord de l’ex-Sodebo, ex-VMI, ex-Akena de Thomas Coville, Sébastien Josse et Arnaud Boissières, il s’élance pour son deuxième tour du monde en solitaire. Vingtième et dernière interview réalisée aux Sables d'Olonne juste avant le départ de ce 7e Vendée Globe.
  • Publié le : 01/12/2012 - 15:42

Team Plastique en plein surfPlan Finot-Conq de 1998, Team Plastique entame son quatrième Vendée Globe. Un très bon bateau, optimisé par Sébastien Josse, et qui a toujours terminé ses Vendée Globe.Photo @ Vincent Curutchet (DPPI / Team Plastique)

Alessandro di Benedetto, skipper de Team PlastiqueA 41 ans, Alessandro di Benedetto se lance dans son premier Vendée Globe à bord du seul monocoque à quille fixe engagé cette année, l"ex-Sodebo de Thomas Coville.Photo @ voilesetvoiliers.com : D’où viens-tu Alessandro ?
Alessandro di Benedetto : Je viens de ma passion pour la voile. Une passion que j’ai depuis petit. Du fait que j’ai vécu en bord de mer en Sicile. J’adore la Sicile. C’est là que je naviguais, que je faisais de l’apnée, de la chasse sous-marine. J’ai ensuite suivi un parcours d’études scientifiques. Je suis docteur en géologie. En même temps, avec mon père, qui avait participé à une étape de la Whitbread en 1982, on a réalisé un de ses rêves qui était de traverser l’Atlantique sur un petit bateau. Cela faisait quinze ans qu’il m’en parlait. En 1992, pour les 500 ans de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, j’ai dit à mon père que c’était le moment de faire quelque chose d’intéressant. On a traversé de la Sicile jusqu’en Martinique avec un message de paix. Notre bateau s’appelait les Etats-Unis du Monde. On a eu une place d’honneur à l’expo universelle de Séville. Après l’université, j’ai continué à naviguer tout en travaillant pour Schlumberger dans l’industrie pétrolière. J’ai réalisé mes traversées de l’Atlantique et commencé à écrire des livres.

vetv.com: Comment te sens-tu à deux jours du départ dans cet environnement d’une grande course qui est totalement nouveau pour toi ?
A.d.B. : Je me sens très bien. C’est fantastique. C’est un rêve qui se réalise. Le bateau sera prêt demain (avant-veille du départ, ndlr). Ensuite, je vais me lancer dans cette aventure énorme autour du monde, un grand voyage, un grand partage. C’est vraiment un rêve.

vetv.com : Que recherches-tu dans cette nouvelle aventure ?
A.d.B : C’est une compétition, mais ce n’est pas que ça. C’est un voyage autour du monde. Je cherche à refaire le tour du monde sur une machine de vitesse. Même s’il a quatorze ans, mon bateau est très puissant. Les 60 pieds Imoca sont des voiliers très puissants. Ensuite, le Vendée Globe représente le summum qu’on puisse imaginer dans une régate en solitaire. On retrouve sur la même ligne de départ des projets différents, des bateaux différents, des budgets différents, des navigateurs différents avec des parcours différents. Certains sont professionnels depuis l’Optimist ou le Figaro, et d’autres ont des parcours amateurs. Moi, je suis géologue, mais j’ai aussi des records sur les océans. J’ai traversé l’Atlantique et le Pacifique en solitaire sur des Hobie Cat sans cabine. J’ai réalisé un tour du monde sur un Mini 6.50. On est tous différents, c’est ça qui est beau. Mais à la fin, on est tous des navigateurs.

vetv.com : Qu’est-ce qui te pousse à tenter de telles aventures, comme tes traversées d’océans tout seul en Hobie Cat ?
A.d.B : C’était le désir de traverser les océans sur des petits bateaux. Je pense que l’envie, la passion de faire quelque chose, sont beaucoup plus importants que les moyens à disposition pour le faire. Je sentais que c’était faisable. Je l’ai fait en double avec mon père en 1992, je l’ai répété en 2002 pendant la Route du Rhum, puis en 2006 sur le parcours Yokohama – San Francisco. Et après sur le tour du monde en 6.50. Il n’y a pas de réel problème de taille si on organise bien son bateau. Le problème, c’est de bien se préparer. De prendre les bonnes décisions. De bien équiper le bateau. De le protéger et de se protéger de l’environnement hostile.

Tour du Monde en Mini 6.50Alessandro di Benedetto a passé 268 jours en solitaire autour du monde sur un Mini 6.50 customisé !Photo @ Alessandro di Benedetto


vetv.com : As-tu eu peur sur ces tentatives de record ?
A.d.B : Oui, je me suis fait peur. Même en tour du monde en 6.50. C’est normal d’avoir peur. Elle aide à résoudre des solutions, à sortir de situations difficiles. La peur peut se transformer en stress positif. L’important est de ne pas la transformer en panique. Il faut une bonne  préparation pour ça. J’ai eu peur, et j’aurai encore peur je pense. Quand j’étais dans le Grand Sud avec mon bateau de 6,50 mètres, avec des vagues plus hautes que le bateau, qu’on peut sancir à tout moment, et notamment la nuit après trois jours de tempêtes à 50 ou 60 nœuds de vent, là je crois qu’il y a très peu de gens qui n’auraient pas peur.

vetv.com : Ce que tu as déjà réalisé était-il plus dur que ce qui t’attend aujourd’hui ?
A.d.B : Non. Beaucoup de navigateurs, et nombre de ceux qui partent sur le Vendée Globe avec moi, m’ont félicité pour ce que j’ai fait, qu’ils trouvaient ça incroyable. Mais pour moi, le plus difficile a été de trouver les sponsors et maintenant de participer à cette course, l’Everest des mers, gérer un grand bateau sur lequel j’ai très peu navigué car je ne suis pas un professionnel de la course en Imoca. Cest ça qui est beau. J’ai fait 4500 milles pour ma qualification en dix-neuf jours. J’étais très à l’aise avec mon bateau. Pour les autres, c’est une passion mais aussi un métier. Ce sont des professionnels de la course.

Alessandro di Benedetto et VDHAlessandro di Benedetto et Jean-Luc Van Den Heede, le parrain de son bateau, lors du baptême de Team Plastique.Photo @ D.R. Ruis Miguel / Sylvain Gabarra / Team Plastiquevetv.com : Pourquoi avoir choisi ce bateau-là* ?
A.d.B : Pour deux raisons principales. D’abord parce que le bateau était aux Sables d’Olonne et que moi j’étais resté aux Sables après mon tour du monde en 6.50 pour essayer de trouver un sponsor. Et secundo parce qu’il était accessible par rapport au temps que j’avais pour trouver des sponsors. Grâce à Didier Elin, le patron de Team Plastique, qui a mis son argent personnel et grâce aux PME qui nous ont rejoint, on a réussi à réunir un budget global d’environ 1 million d’euros. C’est probablement le plus petit budget de ce Vendée Globe.

vetv.com : As-tu déjà régaté ?
A.d.B : Bien sûr, en Optimist et en planche à voile. La dernière fois, c’était il y a 25 ans ! (rires) Depuis, ça m’est arrivé de faire quelques régates du dimanche sur des petits voiliers…

vetv.com : Ça ne te fait pas peur de te confronter comme ça aux meilleurs marins solitaires ?
A.d.B : Non, ça ne me fait pas peur. C’est enrichissant, c’est un grand honneur. On est tous des navigateurs. On a différentes expériences, temps et argent pour préparer nos projets, mais je ne me sens pas inférieur en termes de capacités nautiques par rapport aux autres navigateurs. D’un autre côté, je me sens bien sûr inférieur en capacité à gérer ce type de bateau. Mais je vais faire la meilleure performance possible. Même si je sais que les autres ont des bateaux plus rapides. Il est certain que lorsque le premier franchira le Cap Horn, je serai encore dans l’Océan Indien.

vetv.com : Tu te considères comme un aventurier ?
A.d.B : Je me considère comme un navigateur qui a eu la chance de participer au Vendée Globe, de rencontrer un sponsor, Team Plastique, et de réaliser ensemble un joli rêve.

vetv.com : Comment parles-tu aussi bien français ?
A.d.B : Parce que je suis franco-italien. Ma mère est française et mon père était italien. Elle m’a toujours parlé en français. J’ai grandi et fait mes études en Italie, mais j’ai choisi de faire mon service militaire en France, ce qui m’a permis d’améliorer mon français.

Team Plastique sur la trancheMonocoque Imoca, Team Plastique est trois fois plus grand que le précédent bateau d"Alessandro. Trois fois plus rapide aussi !Photo @ Vincent Curutchet (DPPI / Team Plastique)


vetv.com : Qu’espères-tu sportivement de ce Vendée Globe ?
A.d.B : J’espère terminer… et gagner ! (Rires) Ben oui, pourquoi pas, c’est possible.

vetv.com : Sérieusement, tu sais que ton bateau est trop vieux (1998) pour rivaliser !
A.d.B : Oui, c’est vrai. J’espère terminer et faire le meilleur classement possible.

vetv.com : Tu serais frustré si tu terminais dernier ?
A.d.B : Non, pas du tout. Couper la ligne d’arrivée est déjà très bien.

vetv.com : Appréhendes-tu l’émotion du départ et de la sortie du chenal ?
A.d.B : Oui. C’est la première fois que j’assiste à un départ du Vendée Globe, est c’est en tant que skipper d’un bateau ! Ça va être émouvant. Ça va être difficile de retenir les larmes je pense…

 

(*) Team Plastique est un plan Finot-Conq à quille fixe de 1998. Il participe à son quatrième Vendée Globe : 6e en 2001 avec Thomas Coville (Sodebo), 5e en 2005 avec Sébastien Josse (VMI) et 7e en 2007 avec Arnaud Boissières (Akena Vérandas).