Actualité à la Hune

TRANSAT AG2R LA MONDIALE

Isabelle et Justine sont dans un bateau

Le départ de la 14e Transat AG2R La Mondiale a été donné le dimanche 22 avril. La Franco-Allemande Isabelle Joschke et la Suissesse Justine Mettraux figurent parmi les 19 équipages en lice. Elles composent le seul équipage féminin de cette course en monotype, et occupent ce lundi la 14e place à 8,1 milles des leaders Sébastien Simon et Morgan Lagravière (Bretagne CMB Performance). La dernière participation de deux femmes faisant équipe sur la Transat AG2R remontait à 2004 : Jeanne Grégoire était alors associée à Samantha Davies. Pour ce tandem Mettraux-Joschke, embarqué sur TeamWork, c’est une grande première. Ces deux passionnées entament un périple de 3 890 milles à destination de l’île de Saint-Barthélemy (Antilles françaises).
  • Publié le : 23/04/2018 - 15:30

Justine Mettraux et Isabelle Joschke Justine Mettraux (à gauche) et Isabelle Joschke partent sans complexe vis-à-vis des cadors du circuit et pourraient créer la belle surprise de cette 14e édition de la Transat AG2R La Mondiale.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : C’est une grande première pour vous deux cette Transat AG2R…
Isabelle Joschke :
Un concours de circonstances a fait que je n’ai jamais participé à cette belle épreuve. Quand j’étais sur le circuit Figaro, à chaque fois que j’ai voulu y participer, je n’avais pas le budget. Et l’année où je m’étais bien préparée pour la faire, où j’étais vraiment déterminée, j’ai changé de support pour passer en Class40, mon sponsor de l’époque me proposant de me préparer pour le Vendée Globe sur plusieurs années. Ce qui était une superbe nouvelle pour moi.

Justine Mettraux : Je ne suis sur le circuit Figaro que depuis deux saisons. À mon arrivée, je m’étais consacrée uniquement sur le programme solo pour engranger un maximum d’expériences avant de me lancer sur la Solitaire du Figaro.

Voilesetvoiliers.com : La traversée de l’Atlantique n’est en revanche pas une première ?
J.M. : Avec Isabelle, nous en avons quelques-unes au compteur. Pour ma part, je pense que ce sera ma dixième, entre croisière et course. Avec toujours de bons souvenirs. Comme pour la Volvo 2014-2015, avec l’équipage féminin de SCA, où on avait traversé cet océan deux fois en entraînement. L’autre bon souvenir est bien sûr celui de ma Mini-Transat en 2013. C’était l’édition où on a fait tout le trajet d’une traite entre La Corogne et la Guadeloupe et où j’ai terminé deuxième en bateau de série – sans avoir de météo ni de position de la flotte à partir des Canaries et en apprenant donc mon classement en arrivant Pointe-à-Pitre.

I.J. : Je pense en avoir le même nombre. Surtout des transats en course. Et elles ne se sont jamais déroulées de la même façon. A chaque fois, il y a un fait marquant. Soit une avarie, soit une part de réussite. Sur la Mini-Transat par exemple, lors du deuxième jour de course, mon générateur tombe en panne. Je me suis donc fait sept jours de spi sans pilote automatique – une de mes plus dures expériences dans ma carrière, une lutte contre le manque de sommeil. Sur ma deuxième Mini, en proto également, je gagne la première étape et alors que je me voyais bien partie pour gagner la course, j’ai eu un problème technique. Il y a eu aussi une Transat anglaise en Class40 où, après un bon départ, je casse le bateau au milieu de l’Atlantique. Au lieu d’atterrir à New York, je me suis retrouvée à Saint-Pierre-et-Miquelon. Je vais terminer par une bonne note car Justine va penser qu’elle a embarqué un chat noir ! J’ai fini deuxième sur la Québec - Saint-Malo en 2016 en Class40.

TeamWorkAprès des entraînements difficiles menés depuis février à bord du TeamWork de Justine Mettraux, les deux femmes se sentent armées pour rivaliser avec les meilleurs.Photo @ Alexis Courcoux/Transat Ag2r-La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Qui de vous deux a invité l’autre sur son bord ?
I.J. :
J’ai rencontré Justine au Brésil à l’issue de la dernière Transat Jacques Vabre. Nous avons fait une petite virée ensemble après la course. Elle m’a raconté qu’elle devait faire cette Transat AG2R. Spontanément, je lui avais dit que je partirais volontiers avec elle. J’avais juste à trouver une place dans mon calendrier.

J.M. : Quand j’ai eu la confirmation avec mon sponsor, je l’ai naturellement appelée. Cela faisait un moment que l’on n’avait pas navigué ensemble. Je cherchais quelqu’un qui soit à l’aise au large, connaissant bien le Figaro Bénéteau. Isabelle avait le profil idéal.

Voilesetvoiliers.com : Comment vous jugez-vous toutes les deux ?
I.J. :
Justine navigue hyper bien. Je pense que l’on va s’éclater sportivement avec un tel niveau de dingues, et je pense que l’on va encore apprendre beaucoup de choses. Mais naviguer en double n’est pas si simple. C’est un huis clos de trois semaines. Et je sais qu’avec mon caractère, il m’est difficile de passer autant de temps en tête-à-tête avec quelqu’un. Surtout si on ne fonctionne pas du tout pareil. En revanche, je suis persuadée qu’on va réussir à cohabiter sans problème avec Juju.

J.M. : Quand on part sur une transat, il est important de connaître la personne qui nous accompagne. Savoir qu’elle peut faire des compromis, désamorcer des situations de tension compliquées et surtout prendre soin de l’autre.

DuoJustine Mettraux et Isabelle Joschke participent pour la première fois à la Transat AG2R La Mondiale. Des femmes tout aussi discrètes à terre qu’acharnées de l’écoute en mer.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Les entraînements se sont bien déroulés ?
I.J :
Il faisait très froid à chaque fois à Lorient. Comme je n’avais pas fait de Figaro depuis deux ans, je me suis sentie comme une débutante. Comme si j’avais tout à réapprendre. Mais c’était nécessaire et c’est bien que l’on soit passé par là dans des conditions difficiles. Même si sur le moment, c’était véritablement sollicitant.

J.-M. : On a dû faire une douzaine de séances en février. Pour moi, c’était la reprise en main de mon bateau après le chantier d’hiver. C’était aussi le plaisir de retrouver des sensations et de mettre en place notre mode de fonctionnement à bord.

Voilesetvoiliers.com : Justement, comment allez-vous fonctionner pendant les trois semaines que vous allez passer sur l’eau ?
J.-M. :
Isabelle préfère que je sois à la barre pour le petit parcours de départ. Au large, cela sera moitié-moitié. Pour ce qui est de la stratégie, je pense qu’Isa a un peu plus de bagage que moi. Elle a plus d’automatismes pour aller chercher les fichiers et les étudier. Je reste le skipper du bateau et donc déciderai des choix. Je les assumerai. Mais je lui fais confiance sur plein de choses. Le bon équilibre viendra tout seul.
I.J. : Même si nos intelligences fonctionnent bien ensemble, si nous ne nous retrouvons pas sur la même longueur d’onde, ce sera à elle de décider.

TeamWorkJustine Mettraux, 31 ans, et Isabelle Joschke, 41 printemps, ont toutes deux une bonne expérience du large et comptent sur leur complémentarité pour réaliser un bon résultat.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Comment abordez-vous la course ?
I.J. :
Je pense que cela va être physique. D’un autre côté, je crois qu’une Transat AG2R est moins dure qu’une Solitaire du Figaro. D’abord parce qu’on est deux et surtout qu’à un moment donné, on arrive dans des vents portants. Le plus compliqué va être de rester vigilantes et alertes si les conditions faiblissent. Là, il ne faudra pas être dans le gaz.
J.M. : Nous partons à armes égales avec les autres concurrents. Le Figaro Bénéteau est un bateau difficile mais ce n’est pas le physique qui fait la différence. Vis-à-vis des manœuvres, par rapport aux garçons, ce n’est pas déterminant. Trois secondes de plus pour envoyer le spi ne change pas grand-chose. Ce sont les bons choix stratégiques, les bons réglages, qui font la différence.

VIDEO. Revivez le départ de la Transat AG2R La Mondiale en images.